Il arrive toujours un moment où se pose aux maîtres d'ouvrages, occupants de maison, et autres intéressés par le sujet, la question du choix du moyen de chauffage.
Bien sur, c'est d'une façon un peu "brutale" qu'ils me posent alors la question : "Alors ? Vous me conseillez quoi comme chauffage ?"
La question est simple, la réponse l'est beaucoup moins. Chaque cas de figure est différent et un grand nombre de facteurs doivent être pris en compte :
- capacité et/ou souhait de l'occupant à gérer son chauffage ou non (automatique, manuel, équipement domotique ou réglage à la main...)
- besoin de réactivité du chauffage (période d'absence dans la journée, volume des pièces, inertie de la maison, étanchèité à l'air...)
- besoin de production d'eau chaude liée ou non (ballon lié à la chaudière, autonome, pour quelle consommation)
- disponibilité de l'énergie consommée (production proche, locale ou importation)
- moyens financiers disponibles (autofinancé, amortissement possible, aides par l'argent public...)
- saisonnalité de la production (résidence principale, secondaire, sensibilité au froid, rigueur du climat)
- désir d'autonomie (auto-production de l'énergie par le bois, le solaire, l'hydrolien...)
- volonté écologique (produire peu de COV, peu de particules fines, peu de CO², ne pas consommer une énergie fossile ou nucléaire...)
- désir économique (coût de la consommation et de l'entretien)
Malheureusement, je constate que pour 9 cas sur 10, ce sont les questions financières qui contraignent le choix final. Et malgré toute l'information diffusée sur le sujet, le plus souvent, c'est la somme d'investissement de départ pour l'achat et l'installation du matériel qui l'emporte et non le coût à l'usage. Afin donc d'éviter cette prise de décision sur des critères immédiats, je me dois de sensibiliser et de former à cet élément qu'est le coût de fonctionnement. Et la première sensibilisation possible est de parler du coût de l'énergie et de son augmentation.
Aujourd'hui et ici, je ne vous montre que la valeur d'un kWh d'énergie consommée, sans afficher les coûts d'achat initial du matériel, d'abonnement au fournisseur d'énergie ni d'entretien de l'équipement. C'est une valeur prépondérante dans le calcul du coût d'un système. Même lorsqu'aujourd'hui fleurissent un peu partout des habitations de plus en plus performantes, le coût du kWh est et demeure un facteur essentiel pour faire un choix éclairé.
Je compile ainsi depuis plusieurs mois des données de différentes sources, dont l'AJENA, dont le Ministère de l'énergie, dont l'INSEE pour par exemple en tirer le graphique suivant :
En centimes d'euro, ce graphique affiche l'évolution du prix du kWh. Le soleil est en bonne position avec un coût à 0€ (et oui), la pompe à chaleur géothermique se classe en 4ème position derrière le bois déchiqueté et le bois buche, l'électricité est en avant-dernière position, 2 fois plus chère que le bois en granulés. La lecture de ce seul graphique est déjà source d'une intense réflexion chez la plupart de mes contacts.
Mais la-dite réflexion gagne un degrè d'intensité lorsque je présente cette autre lecture des données :
Il s'agit d'une comparaison par source d'énergie de l'augmentation, en pourcentage, d'une année sur l'autre, de la facture. Le soleil n'augmente pas (ouf!), le bois buche non plus. Par contre, surprise, le bois en granulés, produit industriel et filière en cours de création, subit une forte augmentation, qu'il soit en vrac (chaudière à silo) ou en sac (poêle individuel à chargement manuel). La pompe à chaleur qui sur le premier graphique parait plus rentable, affiche sur la période 2010-2011 une augmentation plus forte que le granulé en sac. Etant intimement lié au coût de l'électricité, son coût dépassera rapidement celui du granulé. Voila une information à prendre en compte lorsqu'on investit dans un système en l'espérant économique sur 20 ans. Les hydrocarbures évoluent vers des sommets qui les rendront rapidement impropres à cette utilisation, idem pour le gaz.
La troisième représentation des données est d'une lecture peut-être moins aisée. Elle est pourtant importante je pense. Il s'agit de la comparaison de l'augmentation du coût du kWh sur une période de 3 ans, de 2 ans et de 1 an. Respectivement ces périodes sont 2008-2011, 2009-2011 et 2010-2011.
C'est une synthèse permettant de constater la tendance à l'envolée du prix du kWh ou au contraire à la stagnation. Ainsi, par exemple, l'électricité en 1 an a 2 fois plus augmenté que sur les deux dernières années. Le fioul poursuit d'année en année une hausse de plus en plus forte alors que le gaz de réseau semble être sous controle (ce qui est le cas, puisque le prix de ce dernier est complètement faussé par une politique de capitalisation de la demande mené par les gaziers d'ici et d'ailleurs).
En résumé, hormis le bois buche, les énergies augmentent. Contrairement à ce que certains médias affichent, les variations ne sont pas de 2 ou 3% par an, mais plutôt de 7 à 11% l'an. La tendance ne semble pas pouvoir se réduire, moins encore s'inverser.
Il demeure donc une source d'énergie rentable : le soleil. C'est pour cela que les choix sur l'énergie dans le bâtiment ne se limitent pas à isoler et consommer peu. Les facteurs de durabilité et de vivabilité sont nombreux, l'argent en est un. S'il devait être le seul, alors au moins que le regard porte plus loin que l'immédiat et que les estimations de rentabilité soient réalisées avec des valeurs vraies.



