La "maison de hobbit", vous connaissez maintenant que "Le seigneur des Anneaux", le film, s'est écoulé à plusieurs millions d'exemplaires. Pour rafraichir la mémoire des moins féru(e)s en épopée médiéval-fantastique et autres fantaisies, l'auteur est M. Tolkien, le hobbit est un habitant imaginaire d'une contrée imaginaire à une époque imaginaire mais le point qui nous intéressera est son habitat. Le hobbit imaginaire mesure environ 1m20 à l'age adulte. Féru de botanique et marchant pieds nus toute la journée, il est tourné culturellement vers la nature et la terre. Sa maison -imaginaire- aussi puisque cette dernière est un aimable assemblage d'espaces ronds recouverts de terre, à tel point que cultiver dessus est possible. Une maison sous un tertre en quelque sorte.
Bien sur, M. Tolkien n'a pas la primeur de cet habitat puisque l'homme et la femme, pas imaginaires, ont réalisé depuis... très longtemps, de tels habitats.
Ces habitats troglodytiques (troglodyte étant un nom commun désignant l'habitant(e)) sont le plus souvent construits par soustraction de matière dans une paroi et non par recouvrement d'une structure aérienne ou semi-aérienne - encore que l'Islande et d'autres régions des latitudes Nord-Européennes comptent nombre de maison à la toiture largement végétalisée, au point de disparaitre dans le paysage -.
Voyons en quoi cette façon d'envisager l'habitat présente un intérêt. La terre, celle sur laquelle nous marchons (entre autre) présente une propriété intéressante. Elle possède une inertie thermique énorme et une température moyenne croissante avec la profondeur. A tel point qu'à environ 10 mètres, la température est constante. Il n'est pas bien sur question de s'enterrer sous 10 mètres de terre. Plus la surface est proche, plus la température suit les variations de température de l'air mais globalement, dès 1 mètre, l'effet se fait sentir sur le thermomètre.
Voila une propriété fort intéressante. Pourquoi se soucier de la chute ou la hausse, parfois brutale, des températures puisque l'environnement même de la maison les temporisent ou même les effacent ?
En plus de son aspect inertiel, une grande épaisseur de matière présente aussi une capacité de conservation de la chaleur non négligeable, même si intrinséquement, le matériau ne possède pas les caractéristiques d'un isolant. Ne serait-ce que par l'étanchéité à l'air, et au prix d'une pensée construite autour de la conservation de l'énergie, un choix de parement intérieur intelligent restituant facilement la chaleur, le troglodyte sourit d'avance en considérant le peu de combustible qu'il aura à consommer pour amener une température idéale dans son logis.
Une autre propriété intéressante est l'abri que procure un tel espace. Bourrasques et tempêtes peuvent souffler, cyclone passer, une maison sous ne serait-ce qu'1 mètre de terre ne craint pas grand-chose, moins qu'une yourte en tout cas.
Voila de bien intéressants avantages.
Passons aux inconvénients. A commencer par la température de la terre. Celle-ci est quasi-constante, d'accord. C'est donc un bien été comme hiver, limitant les besoins de chauffage comme de rafraichissement. Mais la température de confort est d'environ 19°C, 17°C/18°C pour les moins frileux, 21°C pour les plus sensibles. Hors les températures de la terre à faible profondeur sont plutôt de l'ordre de 7/8°C à 12°C/13°C, selon la saison.
Il peut donc arriver, dans certaines circonstances, que l'habitat troglodytique réclame un apport d'énergie supplémentaire même en saison chaude...
Ce point en fait une réalisation sensible, nécessitant une analyse précise des besoins des occupants, de la puissance dissipée en intérieur et des apports possibles par le soleil.
Cette énergie nécessaire même en été pourra en effet être facilement récupérer du soleil. Un besoin amenant une architecture résolvant du même coup un autre reproche parfois fait à ce type de construction : le manque d'ouverture vers l'extérieur.
L'autre inconvénient possible est la masse de terre et sa pression sur les parois. Ce n'est plus un simple mur chargé de porter un toit qu'il faut batir mais une maçonnerie supportant pendant des dizaines d'années des dizaines de tonnes de pression. Là aussi donc, une réalisation à ne pas prendre à la légére. Il est désagréable de voir quelques mètres cube de terre se répandre sur le tapis du salon.
Une maison troglodytique sera de préférence construite (ou creusée) dans la pente d'un relief orienté sud. Qui dit pente dit écoulement des eaux de ruissellement. Voici le troisième défaut à prendre en compte de ces réalisations. En plus du poids de la terre, la maçonnerie devra supporter l'eau et l'empêcher d'entrer.
Des avantages indéniables, un aspect architectural novateur, une technicité que nos connaissances peuvent satisfaire sans difficulté; encore une alternative à la construction actuelle, irréfléchie et industrielle.
L'une des méthodes déjà testée et employée dans certains pays moins autoritairement limitants que le notre sur le plan architectural est de construire en semi-enterré. Une excavation sur environ 1m50 abaisse le niveau de la maison sous le niveau du sol. La terre dégagée est utilisée pour créer le remblai nord et couvrir le toit. Cette méthode a l'avantage de pouvoir être mise en application sur les terrains plats, et même en faible pente nord.
Il existe des dizaines d'autres façons de faire bien sur. Le plus difficile dans un projet troglodytique n'est pas de le penser, ni d'équilibrer correctement les systèmes, ni de le réaliser matériellement. Le plus difficile est d'obtenir le permis de construire.
Ce serait pourtant une des solutions économes à mettre en oeuvre.
