Quand le bâtiment va...

Il parait que quand le bâtiment va, tout va. Et actuellement, il parait aussi (de même source) que le bâtiment ne va pas bien. Tout dépendra bien sur de la position de l'observateur. Et en tant qu'individu observant, ma position est celle du coût. J'ai déjà publié un certain nombre de données sur le coût des énergies. C'est un fait, leurs évolutions sont importantes dans les choix constructifs. Mais comme l'énergie la moins chère est celle que nous ne dépensons pas, il est impératif dans un projet efficace de consacrer une part d'étude aux coûts de la construction. Et c'est là que le bât blesse.

La prochaine/actuelle réglementation thermique et le plan de route des performances énergétiques des bâtiments imposent maintenant un niveau de qualité du bâti oublié depuis plusieurs années par certains constructeurs. Ce niveau de qualité d'après les statistiques engendrent un surcout. Les chiffres annoncés officiellement sont de 7% à 15% de coût supplémentaire. Même si dans l'idée, je ne discute pas de la nécessité d'une amélioration des techniques et des matériaux courants, je ne suis pas d'accord pour que cette obligation soit une fois encore la justification d'une augmentation du bâti. Loin d'être un économiste de la construction, je veux avant tout porter un regard humain sur la question. Et plus encore qu'humain, un regard d'habitant. Et je constate que ce qui hier était le commun deviens un luxe. Il y a à peine un siècle, chacun disposait de son logis. Aujourd'hui, alors que la production de masse de bâti existe, la précarité s'étend.

Ceci est d'une incohérence flagrante et pourtant le plus grand nombre l'accepte.

A titre d'illustration, voici une représentation graphique de l'évolution de trois indices :

le coût de la construction dans le collectif, le coût de la construction dans l'individuel et les salaires dans le privée (hors agriculture et fonction publique donc).

 

Les chiffres fournis par l'INSEE débute en 2000, année de démarrage des réglementations thermiques à objectifs ambitieux. Pour l'instant, ils s'arrêtent en 2008, pour une obscure raison. Entre ces deux dates, le coût du neuf collectif a augmenté de 44 points, dans la maison individuelle de 33 points et pour les salaires de 24 points...

Le coût de la construction, comme tout produit commerciaux, suis une courbe ascendante. C'est bien connu, tout augmente. Mais cette augmentation ne présente pas de cohérence sociale alors qu'elle affecte un des trois besoins essentiels de l'humain : s'abriter !

Au fur et à mesure des contraintes légales visant à réduire la dépense énergétique, nous assistons "moutonnement" à une envolée de la dépense d'acquisition. Sous prétexte de réduire la facture et la fracture énergétique, de lutter contre ce médiatique fléau "la précarité énergétique", les lois offrent le support de communication et de commerce idéal pour les fabricants et installateurs de promesses. Ils ont carrément le soutien de toute la technocratie élyséenne pour vendre leurs produits 7, 10, 15% plus cher qu'avant. Ils ont l'entier appui des médias pour vanter les mérites de nouvelles technologies ultra-élaborés, ultra-couteuses, ultra-fragiles comme la pompe à chaleur (maintenant consommée à toute les sauces : chauffage, ventilation et eau chaude... bientôt la pompe à chaleur avec machine à expresso intégrée !), les matériaux à changement de phase, les vitrages à variation de transparence ou à cellules photovoltaiques intégrées, sans compter les nouveaux bétons à l'aluminium, les blocs ponce importés de Turquie et les bois massifs du Canada...

En fait de permettre à chacun d'occuper un logement peu coûteux, l'évolution du marché soutenu par la loi rend le logement privée inaccessible et jette de plus en plus de monde sinon à la rue, au moins dans des parcs sociaux délimités, identifiés, étiquetés... et rentables pour les 6% de nantis que compte la société. Déjà presque 4 millions de personnes sont très mal logés ou carrément dehors.

Pourtant, des solutions existent. Des systèmes constructifs permettent d'obtenir d'excellentes performances, pour un coût maitrisé et en plus avec une main d'oeuvre local et une preservation des savoir-faires. Des contrats d'aide aux chantiers permettent l'autoconstruction pour contenir la dépense au profit des heures. Des équipements rationnels, simples et écologiques sont disponibles pour fournir une énergie peu coûteuse. Des méthodes d'habitat coopératifs permettent d'envisager l'accession à la propriété.

Faudra-t-il oublier ces solutions, déjà presque totalement méconnues du grand nombre, lorsque la RT2012 contraindra le maitre d'ouvrage à son respect total et incontournable. Lorsque le BEPOS (bâtiment à énergie positive) sera force de loi, en 2020, jusqu'où sera rendu l'écart entre les revenus de chacun et le prix d'un mètre-carré de logement ?