La réglementation allemande et française relative aux économies d'énergies dans le bâtiment impose une certaine étanchéité à l'air. Or, les allemands mesurent cette étanchéité en soumettant le bâtiment à une pression et une dépression de 50 pascals lorsque les français ramènent cette... mesure à 4 pascals. De plus, les allemands mesurent le volume d'air renouvelé par infiltration sous ces pressions, alors que les français mesurent les mètre-cubes d'air infiltrés par m² de parois extérieures sous cette autre pression.
Pourquoi cette différence ?
A cause de l'architecture. L'architecture allemande adopte depuis longtemps des bâtiments au coefficient de forme excellent. Plus clairement, leurs bâtiments sont des parallélépipèdes rectangles. En France, les architectes se placent plus comme des artistes que comme des techniciens, et les formes sont nettement plus torturées. Décrochement de façades, avancés, déports de pentes de toit, chien-assis, encorbellement, toit-terrasses à mi-niveau... et j'en passe. Il suffit de jeter un oeil attentif sur les maisons "modernes" qui fleurissent dans nos campagnes pour le constater.
Les allemands peuvent donc considérer le bâtiment comme un volume, ce qui est rationnel. Les français ont à gérer des volumes trop complexes et il est alors plus simple de considérer des surfaces de parois. Or plus les paramètres sont complexes à synthétiser, plus la valeur de jugement est aléatoire. Qui plus est, la pression de 4 pascals ne peut pas être atteinte par les systèmes de mesure des portes soufflantes (blower-door est une marque). Les techniciens effectuant la mesure soumettent donc le bâtiment à des pressions de 20 à 55 pascals, mesurent le volume d'air échangé, puis extrapolent la valeur en m^3 par m² de parois... Que de calculs moyennés pour obtenir une valeur qui à force de loi.
Un autre point doit être considéré je pense. Le tirage naturel d'une cheminée ou d'une ventilation mécanique soumettent un bâtiment à une dépression entre 5 et 10 pascals. Un vent "ordinaire" va soumettre une façade à une pression de plus de 400 pascals ! Hormis le fait que les appareils de mesure ne permettent pas de simuler des pressions de 4 pascals, ces pressions infimes ne correspondent à aucun phénomène naturel auquel le bâtiment sera soumis...
Il s'agit donc là-aussi d'extrapoler depuis une mesure à minima les conséquences sur la consommation énergétique dans des conditions à maxima.
Une dernière, les appareils de mesure abusivement nommées "blower door", plus justement "portes soufflantes", ne sont pas en mesure d'effectuer la mise en pression ou dépression dés que le vent souffle. Il faut une journée calme, et une maison vide. Des conditions de tests là encore très très loin de ce que le bâtiment vivra en temps normal.
Mais alors ! Le test d'infiltromètrie ne vaut rien ? Si, il a un sens, une utilité. Celle de vérifier la mise en œuvre des films d'étanchéité, la continuité des menuiseries, l'agencement des empoutrements, en clair la justesse de la construction. Et là, l'expérience de ceux qui réalisent ces tests d'infiltrométrie est souvent plus importantes que l'exactitude de la mesure. Le test de la porte soufflante est un moyen, pas un but.
