
Un de mes clients, chercheur et curieux, m'a aujourd'hui transmis un article sur la mirobolifique réalisation d'un constructeur de pavillon : une splendide maison BEPOS (Bâtiment à énergie positive) du genre clé en main. Le futur propriétaire n'a plus rien à faire, ils ont pensé à tout. Garantie rentable ! Non seulement la maison ne consommera pratiquement pas d'énergie, mais en plus elle en produira à ne plus savoir qu'en faire. Mais alors... ça y est ?! Le Saint-Graal de l'écoconstructeur est enfin disponible en France ?!
Et alors attention, ça ne rigole pas. R des murs : 8,1; R du toit : 14,3; R du plancher : 10,2. Les moyennes en France sont plutôt de 3 ou 4 pour les murs, 6/7 pour le toit et 2/3 pour le plancher. Continuons à ne pas rigoler : 50 m² de panneaux photovoltaiques ! Houa ! Ballon d'eau chaude thermodynamique, VMC double-flux à haut rendement, triple vitrage bois-alu, volets automatiques et tout le tremblement... Doublement Houa !
Jean-Pierre Coffe, je me permet d'emprunter votre célébre signature médiatique :
"C'EST DE LA MERDE !"
Pourquoi tant de haine ?
D'abord, juste un détail, mais posséder une unité de production photovoltaïque de plus de 3kWc oblige aussi à créer une société de production d'énergie. Donc impôt sur les sociétés et autres formalités plaisantes. Inutile de préciser qu'avec 50 m² de panneaux, la limite est allégrement dépassée. Mais c'est un détail. Les panneaux sont constitués de matériaux difficile à recycler et générent une forte pollution à la fabrication. Détail encore.
Ensuite, les matériaux utilisés, sans doute pour une histoire de coût au m² sont des produits industriels qui ont un coût en CO² à la fabrication et au recyclage défiant là-encore toute concurrence. Toujours un détail, c'est pour la bonne cause.
Pour continuer, les systèmes utiles sont très élaborés, utilisant des gaz à effet de serre, des filtres sensibles, de l'electronique fragile.
Et alors ?
Le bilan énergie de cette maison est faux. C'est tout simplement une maison du pétrole. Une maison du profit immédiat. Une maison d'égocapitaliste.
Pourquoi ?
Le coût en énergie d'une construction, je le répéte, ne doit pas se limiter à un instant T de sa vie. Du genre il faut tant de kWh pour avoir 21°C, tant pour l'eau chaude, la lumière desquels nous retirons la production des panneaux. Là, effectivement, le résultat est un nombre négatif et la maison est positive. Sauf que c'est ignorer la réalité du problème : le cycle de vie global.
Le cycle de vie global ne tient pas seulement compte de la consommation à l'usage et de la production d'énergie. Il tient compte de l'énergie grise nécessaire pour la fabrication, l'acheminement et le montage des matériaux. Il tient compte de la durée de vie de ces matériaux et de la nécessité de les changer à plus ou moins court terme. Il tient compte de l'énergie nécessaire pour ce remplacement et le recyclage de ces matériaux industriels. Idem pour les équipements.
Et là... la maison n'est plus du tout positive.
Sur un plan énergétique, et malgré les kilowattheures que produisent les panneaux photovoltaiques de cette maison, la durée du remboursement dépasse allégrement les 300 ans, voire jamais si les méthodes de recyclage des panneaux photovoltaiques et la nocivité des gaz de pompe à chaleur ne sont pas très rapidement améliorés ! Pouvons-nous espérer qu'une maison moderne, de pavillonneur, dure 300 ans ? Sincérement... Vous y croyez vous ?
A la belle époque du tout béton, les pavillonneurs sortaient de leurs chapeaux et de leurs toupies des villes entières pour moins de 800€ du m². Aujourd'hui, cette fontaine à billets est épuisé. Pas leur imagination.
Si vous croisez des publicités de ce genre, n'hésitez pas à m'en faire part.
