La maison de Monsieur Patate

Monsieur Patate a envie de faire du bien à la planéte et comme Monsieur Patate travaille dur, il veut que cela fasse du bien à son porte-monnaie. Aussi, regardant une chaine télévisée à forte audience depuis de nombreuses années et lisant consciencieusement les courriers estampillés EDF, il décide d'équiper son toit en panneaux photovoltaïques.
Que des avantages, et écologique en plus. Facilité des banques, aide de l'état, contrat de vente à prix réglementé, facilité d'entretien, garantie 20 ans... Que demander de plus ?

Voici donc la maison de Monsieur Patate coiffée de 28m² de panneaux photovoltaïques, un compteur de sortie branché, le chéque du fournisseur d'électricité quasi-monopolistique qui tombe chaque année, et les impôts largement réduit. Monsieur Patate est content. En plus, il produit de l'énergie renouvelable qui fait du bien à la planète, c'est les journalistes qui le disent alors ça doit être vrai.

Sauf que...
Monsieur Patate ne se rend pas tout à fait compte de quelques "détails".
L'argent qu'il a reçu pour financer son installation vient de l'état. C'est donc le paiement d'une installation privée par l'argent public...

Le prix d'achat garanti de l'électricité qu'il produit est lui aussi permis par la contribution versée à ERDF par chaque citoyen sur chaque facture. C'est donc le versement d'une rente à un particulier par l'ensemble de la communauté.

Lui et les centaines de Monsieur Patate qui ont fait installés, installent et feront installer des panneaux photovoltaïques ont créés une demande tellement forte que les industries et les lobbys ont cessé de s'intéresser au rendement de telles installations pour s'occuper de la rentabilité de production de masse. A 10% de rendement, le panneau solaire photovoltaïque est pourtant un système de conversion d'énergie clairement inefficace.

Toujours Monsieur Patate et ses compères, en créant une telle demande, ont négligés de s'assurer que la filière de production de telles quantités de panneaux solaires photovoltaïques ainsi que la filière de recyclage étaient efficientes sur un plan écologique. Le "bilan Carbone" d'un panneau photovoltaïque est pourtant calamiteux. Sa charge polluante, de la production à la destruction, est pourtant énorme. Mais Monsieur Patate n'a pas eu cette information.

Monsieur Patate produit beaucoup d'électricité pendant la belle saison. Une période de l'année où la demande est faible. Cette électricité est exportée à un prix plus que correcte par EDF alors qu'étant produite par le soleil, son coût de production est quasi-nul.
Monsieur Patate a froid en hiver s'il ne fait pas tourner sa pompe à chaleur, alors Monsieur Patate achète de l'électricité à son fournisseur.
Le fournisseur-acheteur d'électricité de Monsieur Patate vends donc en été l'électricité de Monsieur Patate, sans avoir à la produire, et vends encore de l'électricité en hiver, à Monsieur Patate.

Monsieur Patate permet donc gracieusement à quelques uns du MEDEF (et d'ailleur) de vendre un bien qu'ils ne produisent pas, grâce à un outil de production qu'ils n'ont pas financés, construits dans des usines qu'ils n'ont pas payées, recyclés par des filières publiques qu'ils n'ont pas à assumer et à des clients qui finalement sont... Monsieur Patate. Il y a au moins un cas de figure similaire dans l'histoire; c'est le commerce des esclaves.

Réduire la consommation d'énergie, ce n'est pas augmenter la production locale pour la déduire de la somme. Cette réduction, nécessaire pour de nombreuses raisons, doit se placer sur un autre plan que celui purement comptable. Une habitation écologique est une habitation dont le coût pour la planète, à la construction, dans son entretien, à la démolition, est proche de zéro. Zéro gaz à effet de serre, zéro consommation d'énergie fossile, zéro usage de matières lointaines, rares ou à haute technicité, zéro déchets ultimes et ingérables, et bien sur zéro contribution à l'exploitation des êtres humains.

(http://www.hoibian.fr)