J'ai l'habitude de dire cette phrase issue si je ne me trompe pas du collectif associatif Négawatt :
"l'énergie la moins chère est celle que nous ne consommons pas".
Ce qui est, du point de vue de l'individu que je suis, vrai. Mais ne l'est plus à une autre échelle de réflexion et dans un contexte plus large !
L'énergie que nous ne consommons pas est chère ! Tellement chère que certains misent dessus et en ont fait une valeur monnayable et spéculative. Vous me direz que vendre de l'énergie, c'est un fait qui se comprend. Mais vendre de la non-énergie ? Voila qui est plus surprenant non ? C'est pourtant le cas et la valeur du non-kWh est pour l'instant d'environ 0,375 cent€. Vous aurez compris que je parle des CEE : les certificats d'économie d'énergie. Ces derniers sont accessibles aux particuliers et sont des papiers (donc pas grand chose) remis en fin de travaux de rénovation et certifiant les économies d'énergies réalisées. C'est pour cette raison, notamment, que des entreprises privées comme EDF, GDF, TOTAL injectent 250 millions d'€ dans le soutien d'un programme de rénovation de l'ancien. En fait, ils ne font aucun geste pour la planète, l'environnement ou votre portefeuille. Ils achètent tout simplement des certificats d'économie d'énergie. Ils spéculent sur un produit qui n'existe pas, qui n'a aucune réalité tangible, qui n'a même pas de représentation sur d'autres marchès de valeur. Comme en plus les propriétaires privés qui auront droit à une petite part de ces 250 millions seront guidés par des "professionnels" formés auprès de ces mêmes entreprises (type partenaire EDF Bleu Ciel, Conseiller Gaz de France, etc...), les solutions feront appels à des technologies produites par ces entreprises. Et bien sur, ces notoires pollueurs et destructeurs de la biodiversité pourront s'afficher en grand sur les murs comme les mécènes du monde vert de demain.
Vert.
Vert comme l'argent. Vert comme les algues proliférant dans les eaux saumatres. Vert comme les champignons de moisissure. Vert comme les boues stériles des mines.
Il est ici indispensable je pense de préciser que les 250 millions d'euros de ces spéculatifs mécénes ne représenteront que 18% de l'enveloppe. Les 82% restant sont, à hauteur de 500 millions le gouvernement à travers son montage des "Investissements d'Avenir" et à hauteur de 600 millions de l'Agence Nationale pour l'Amélioration de l'Habitat (l'Anah). Donc de l'argent publique.
Vendre quelque chose qui n'existe pas. Spéculer dessus. Et s'enrichir. N'est-ce pas formidable ?
Mais cela n'a rien d'extraordinaire ou de nouveau. Ce n'est qu'une manifestation parmi tant d'autre de cette réalité parfois difficile à croire :
95% à 97% de l'argent "en circulation" n'existe en fait pas et n'a aucune équivalence en matière, quelle qu'elle soit. Il n'a donc du point de vue individuelle aucune valeur. Alors vendre de la non-énergie... pourquoi pas ?
