J'le met où vot'DPE ?

Mon dieu ! Quelle révélation ! Le Diagnostic de Performance Energétique n'est pas fiable !!

Personnellement, j'éprouve un sentiment de satisfaction en lisant cette annonce dans les différentes publications que je feuillette. Depuis 3 ans, je n'ai cessé d'en avertir mes contacts, mes collègues et mes clients, oui, le DPE n'est pas fiable ! Et pourtant, il est maintenant obligatoire. Aberration législative.

Je peux essayer de montrer en quoi il n'est pas fiable, et ne le sera jamais. C'est en fait de mon point de vue très simple et tient en 3 raisons :

1 - la formation obligatoire, payante et à renouveler régulièrement dure... 2 jours.

2 - le logiciel de calcul et la méthode liée tient en quelques formules générales et autres valeurs moyennées sur quelques feuilles d'un tableur.

3 - le diagnostiqueur passe en moyenne 2 heures sans pouvoir faire plus qu'une analyse visuelle et émettre des suppositions sur la composition et la nature du bâti.

Le premier point, admettons qu'il soit mineur. Après tout, 2 jours, c'est amplement suffisant pour se former à l'utilisation d'un outil de calcul informatique. A condition d'avoir les connaissances nécessaires en thermique du bâtiment, ce qui n'est pas le cas de tous les diagnostiqueurs.

Le second point, admettons qu'il soit possible. Après tout, les tableurs micro-bureautiques ont des fonctions de programmation trés évolués qui permettent d'en faire de vrais logiciels.

Par contre, le troisième point, nous n'y couperons pas. Et c'est là que le bât blesse. Comment voulez-vous que 16 diagnostiqueurs différents (panel de tests par UFC), même expérimentés, même consciencieux, puissent définir sans se concerter les mêmes valeurs pour leurs calculs ?

Prenons un exemple : le diagnostic d'une longère bretonne, rénovée fin des années 80. Qui peut me dire la performance d'un mur du XVII ième siécle, hourdi à la terre puis rénové avec une épaisseur d'isolant de nature inconnue, d'épaisseur inconnue caché par un parement en brique platrière ? Hein, qui ? Bien sur, le petit livret du diagnostiqueur contient une réponse presque toute faite, mais avec au moins 3 incertitudes...

Ce genre d'exercice, ou de pari, est le quotidien des diagnostiqueurs. Je peux étendre comme ceci les exemples à chaque élément d'un bâtiment. Les fenêtres ? Aucune identification précise possible. Les ponts thermiques éventuels ? Masqués de toute façon par les enduits, les revêtements et autres parements. Les apports solaires ? C'est quoi ? Etc...

Alors, appuyer une aide financière, qui de plus engage le contractant auprès d'une banque (par nature, frileuse et aux avocats procéduriers à souhait), sur un calcul réalisé au jugé, je suis d'accord avec l'UFC, c'est un grand n'importe quoi. Imaginez vous embarquant sur un bateau dont le capitaine n'a ni cartes précises des côtes, ni boussole ou GPS, ni même une paire de jumelles et en plus, les vitres sont occultées.

A partir du moment où nous tentons de définir les performances d'un bâti, nous devons tenir compte d'une marge d'incertitude. C'est propre à tous les calculs sur variables, quel que soit le domaine. Cette marge d'incertitude, il faut la réduire au minimum. C'est le professionnalisme qui entre en jeu. Et pour la réduire, il faut chercher, questionner, investiguer, parfois creuser. C'est un travail délicat, long et nécessitant une grande attention. Mais même si les diagnotiqueurs DPE font preuve de ce professionnalisme, ils se heurte de toute façon à la barrière de la méthode qu'ils emploient. Les paramétres de celle-ci sont peu nombreux, souvent limités par des valeurs forfaitaires. C'est d'un tel degré de simplification que la moindre "erreur" dans une autre variable peut prendre des proportions démesurées. C'est pourtant un phénomène bien connu dans le domaine du calcul. Plus il y a de variables, plus les résultats seront proches les uns des autres et proches de la valeur exacte. Moins il y en a, et plus les résultats différeront.

Je ne réalise pas de DPE. Et je crois que je félicite mes confréres qui ont cessé récemment d'en réaliser pour revenir à un exercice plus délicat mais au combien plus réaliste qu'est l'étude thermique dynamique.